Rencontre avec Mario Ramos

jeudi 13 décembre 2007, par Rattana Hean


Il est dix heures, l’auteur illustrateur Mario Ramos est en dédicace au stand de l’École des loisirs. À midi trente, je le reçois en interview dans la salle de presse. Je découvre avec plaisir un artiste disponible et authentique prêt à répondre à mes questions.

Bonjour Mario Ramos, merci de me recevoir en interview. Comment allez-vous ?

Mario Ramos : Ça va bien, merci.

Pour vous dire la vérité, je vous ai découvert grâce à l’album « C’est moi le plus fort ». Je ne vous connais pas vraiment bien. Pouvez-vous vous présenter ?

Mario R. : Je suis auteur illustrateur jeunesse. Je fais des albums depuis à peu près 10 ans. J’aime beaucoup utiliser les animaux et l’humour. Ce qui m’intéresse c’est de faire passer un message avec de l’humour. Le livre dont vous parlez s’appelle « C’est moi le plus fort », qui est l’un des plus connus parce qu’il y en a plusieurs à succès. C’est l’histoire d’un loup qui croit être le plus fort jusqu’à la fin. À un moment il va rencontrer une espèce de petit crapaud et la situation va totalement s’inverser. C’est une question intéressante, car elle revient très souvent dans les cours de récréation et chez les adultes. C’est le moi le plus fort est un sujet dont tout le monde parle dans notre société et c’était amusant d’utiliser un loup avec de l’humour pour dire qu’en fait très simplement, ça dépend toujours à qui on se compare. Il y a toujours plus fort que soi.

J’ai trouvé un grand humour et l’histoire m’a fait beaucoup rire.

Mario R. : C’est fait pour ça ! Il ne faut pas oublier que les albums pour enfants sont également lus par des adultes. Je le fais exprès, il faut que les adultes s’amusent aussi. Je travaille beaucoup sur différents niveaux de lecture.

En tout cas, vous avez réussi à intéresser les petits et grands avec C’est moi le plus fort !

Mario R. : Merci (rire)

Est-ce votre première venue au Salon du livre et de la presse jeunesse de Montreuil ?

Mario R. : Non, je viens chaque année, c’est un salon incontournable. C’est un bon rendez-vous, on rencontre des tas de gens, on dédicace et ça fait aussi plaisir à l’éditeur.

Vous faisiez de la publicité avant. Qu’est-ce qui vous a attiré dans le monde de l’enfance ?

Mario R. : Je n’ai pas fait de la publicité tout de suite, mais plutôt j’ai commencé par du dessin de presse, des affiches et enfin de la publicité. J’ai débuté ce métier parce que j’aimais raconter des histoires en dessins, et d’ailleurs ce qui m’a attiré au début, c’était les albums. J’avais envie d’en faire. Puis je me suis rendu compte que dans tous mes dessins, il y avait toujours une petite histoire. Et je me suis tourné vers les albums pour enfants que je ne considère pas uniquement adressés à eux, mais aussi aux adultes. Je crois que mes albums s’adressent à tout le monde. N’oubliez pas que ce sont les adultes qui achètent les livres donc si ça ne leur parle pas, ça ne marche pas. Finalement, je ne peux pas expliquer ce qu’est un dessin pour enfants, car je fais surtout un dessin qui m’amuse. À ce propos, vous pouvez voir sur mon site web l’historique et les dessins de presse avec le loup. Donc, j’ai toujours utilisé le loup ! On a tous des obsessions quand on dessine (rire). Ça permet de dire beaucoup de choses sur notre société moderne.

Illustrations tirées du site officiel de Mario Ramos

Combien avez-vous édité d’albums jusqu’à aujourd’hui ?

Mario R. : Il y en a 20 dont j’ai fait le texte et le dessin. Ça met un peu plus de temps quand on fait les deux. J’aime bien travailler l’histoire, que cela soit consistant. Qu’on ait envie de lire et de relire.

Généralement, travaillez-vous seul ou en collaboration ?

Mario R. : Je travaille seul.

Vous n’avez jamais pensé à travailler en collaboration ?

Mario R. : Au début, j’ai commencé en collaboration, mais cela m’intéressait moins. J’aime bien inventer l’histoire seul, car je pense que cela est plus fort et qu’on peut aller profondément dans ce que l’on cherche, dans ce qu’on souhaite dire. Donc, j’apporte moi-même le texte terminé et tapé et les dessins sur des feuilles papier. Après, il y a le metteur en page, l’imprimeur et toute l’équipe qui se met en marche.

Quels thèmes aimez-vous traiter ? Quels messages souhaitez-vous faire passer ?

Mario R. : Je parle des thèmes de la vie, de tous les jours... comme la tolérance et la différence entre les gens. Pourquoi les gens accentuent-ils les différences alors que c’est justement cela qui apporte la richesse d’une société. Trop souvent, on montre les choses qui nous éloignent alors que je crois qu’on a beaucoup plus en commun finalement. Nous sommes sur la terre pour un petit temps et nous avons tous besoin d’une certaine reconnaissance et d’un peu d’amour. Des choses essentielles qui sont déjà dans la tête des enfants et aussi chez les adultes. Pourquoi est-ce tellement important d’être le plus fort ? Je donne à voir des petites leçons de vie comme essayer d’être bien ensemble. Je dis toujours que faire ce métier, c’est un peu une hygiène de vie. Quand j’écoute les informations et que je vois ce qui se passe dans le monde, j’ai besoin de faire un album où on puisse un peu rigoler.

Donc, vous mêlez toujours l’humour à vos histoires !

Mario R. : Je suis venu à ce métier parce que j’adorais les films de Charlie Chaplin et des bandes dessinées de Tintin et Milou... Cela me faisait rire ! Je me suis rendu compte que l’humour était très important pour raconter une bonne histoire et faire passer un message. Je crois qu’on touche une personne dès qu’on la fait rire, il se passe quelque chose.

Vous venez de Bruxelles qui est une ville basée sur la Bande Dessinée. Vous n’avez jamais pensé faire carrière dans ce domaine ?

Mario R. : La Belgique est le pays de la bande dessinée, mais cela ne m’intéresse pas, car la narration est « trop » descriptive. Ce que j’aime particulièrement dans l’album pour enfants c’est qu’il y a souvent un dessin par page et cela permet d’induire un avant et après. Le lecteur peut donc recréer avec son imagination.

Vous abordez différents thèmes dans vos albums. N’est-ce pas difficile de faire passer les messages aux enfants ?

Mario R. : Il faut être simple et travailler sur la simplicité qui n’est pas toujours évidente. Parfois, il faut travailler beaucoup pour y arriver. J’ai de la chance d’avoir un dessin et des textes qui parlent beaucoup aux enfants. C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer. C’est là ou pas. D’ailleurs, vous avez beaucoup d’albums pour enfants qui sont appréciés par des bibliothécaires, mais qui ne parlent pas aux enfants. Par exemple, le livre avec le loup se destine aussi bien aux enfants de deux ans que de neuf, dix, onze, douze ans ainsi qu’aux adultes. Il y a donc différents niveaux de lecture, tout le monde ne voit pas tout, mais chacun y trouve quelque chose et cela est très intéressant.

Avec la nouvelle technologie, peut-être qu’un jour le livre amènera à disparaître au profit du livre virtuel. Quel est votre avis ?

Mario R. : Oui, c’est ce qu’on dit beaucoup. Je ne pense pas qu’il sera remplacé aussi vite, car les gens aiment beaucoup les livres. Pour ma part, je continuerai toujours à travailler sur des idées, à inventer des histoires, à dessiner et après que ce soit publié en livre avec un support papier ou virtuel peu importe. Il s’agit une façon différente de le présenter au public. L’ordinateur et la télévision sont assez envahissants, mais le livre a plus d’importance par rapport à eux. Le livre continue d’exister. Il y a différents modes de lecture et je pense qu’il est indispensable pour le bon équilibre d’une société. Je ne me sens pas du tout menacé.

Si le livre disparaissait, on perdrait la sensibilité du toucher du support papier…

Mario R. : Mais aussi le rythme. N’oubliez pas que c’est le lecteur qui impose son rythme dans la lecture. De cette façon, l’enfant peut s’arrêter sur une image qui lui parle vraiment. C’est très différent pour un film qui l’impose (rythme) et cela induit une autre façon de penser, un autre imaginaire. Le livre a une place très importante et j’aime beaucoup le livre. Je n’aurais jamais envie de faire un film ou un dessin animé par exemple. C’est tout à fait autre chose.

Nous arrivons bientôt au terme de l’interview. Avant de nous quitter, pouvez-vous nous parler de votre actualité ?

Mario R. : Le dernier livre paru s’appelle Emily et Alligator qui aborde le problème de grandir, le sujet n’est pas souvent traité dans les albums pour enfants. C’est l’histoire d’une petite fille qui vit avec un crocodile et qui à un moment devront se séparer. Sinon, un prochain album paraîtra au printemps où j’ai repris la chanson « Le roi, sa femme et le petit prince ». J’en fais évidemment quelque chose qui donne un message par rapport au roi. J’aime bien taquiner le pouvoir ! Autrement, un album est actuellement en préparation et qui sortira dans un an.

Nous arrivons à la fin de l’interview. Merci beaucoup de votre disponibilité malgré votre planning chargé. Ça a été un honneur de vous recevoir ici à Montreuil.

Mario R. : Merci. Ça a été un vrai plaisir.

Le site officiel de Mario Ramos : http://www.marioramos.be/

Voir l’article de l’album C’est moi le plus fort : http://www.crapoussin.com/C-est-moi-le-plus-fort.html

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2 Messages de forum

  • Rencontre avec Mario Ramos

    15 décembre 2007 09:38, par M. Totoro

    Intéressant et plein d’humour. Merci pour cette interview :). Le livre de jeunesse peut se prendre au sérieux et en rire. Apparemment Ramos souhaite faire passer des messages très sérieux tout en nous faisant rire... Un peu comme La Fontaine avec ses fables :)

    En ce qui concerne le support électronique ou papier, il a raison... ça reste un support, c’est l’esprit derrière qui prime. Cela dit avec les e-books, on peut aussi imposer son rythme au livre. Néanmoins, souvent on a tendance à nous imposer ce rythme de lecture, nous obligeant à être passif... heureusement que les vrais livres existent toujours. ;-)

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    • Rencontre avec Mario Ramos 15 décembre 2007 11:22
      Bravo à l’auteur qui nous a invité dans son univers. L’article est agréable à lire, merci. Je ne manquerai pas de filer en librairie pour découvrir sa bibliographie.

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